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son trou, qu’elle déterra des griffes, lui fila sous le museau.

De plus en plus affamée, elle songea au dernier repas qu’elle avait fait avec Kazan. Il avait été constitué par un gros lapin, dont elle se souvint qu’is n’avaient mangé que la moitié. C’était à un ou deux milles.

Mais l’acuité de son flair et ce sens intérieur de l’orientation, si puissamment développé chez les bêtes sauvages, la ramenèrent à cette même place, à travers arbres, rochers et broussailles, aussi droit qu’un pigeon retourne à son colombier.

Un renard blanc l’avait précédée. À l’endroit où Kazan et elle avaient caché le lapin, elle ne retrouva que quelques bouts de peau et quelques poils. Ce que le renard avait laissé, les oiseaux-des-élans et les geais des buissons l’avaient à leur tour emporté. Le ventre vide, Louve Grise s’en revint vers le fleuve, comme vers un aimant dont elle ne pouvait se détacher.

La nuit suivante, elle dormit encore là où avait dormi Kazan et, par trois fois, elle l’appela sans obtenir de réponse. Une rosée épaisse tomba, qui aurait achevé d’effacer la dernière odeur du disparu, si l’orage en avait laissé quelques traces. Et pourtant, trois jours encore, Louve Grise s’obstina à demeurer à cette même place.

Le quatrième jour, sa faim était telle qu’elle dut, pour l’apaiser, grignoter l’écorce tendre des saules. Puis, comme elle était à boire dans le fleuve, elle toucha du nez, sur le sable de la berge, un de ces gros mollusques que l’on rencontre dans les fleuves du Northland et dont la coquille à la forme d’un peigne de femme ; d’où leur nom.

Elle l’amena sur la rive avec ses pattes et, comme la coquille s’était refermée, elle l’écrasa entre ses dents. La chair qui s’y trouvait enclose exquise et elle