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rien de lui ne bougeait toujours, Mac Cready se tourna vers Thorpe.

— C’est curieux, dit-il. J’aurais juré que je connaissais ce chien. Si c’est Pedro, comme je le crois, il est mauvais.

Son regard revint vers celui d’Isabelle et la même flamme y fulgura à nouveau. Elle en frissonna. Déjà, quand, à la descente du train, cet homme lui avait tendu la main, elle avait senti, à son aspect, son sang se glacer. Mais, domptant son émotion, elle se souvint des récits que lui avait faits souvent son mari de ces rudes hommes qui vivaient dans les forêts du Nord. Il les lui avait montrés un peu frustes, mais énergiques et virils, et loyaux, et elle avait appris, avant de venir près d’eux, à les admirer et aimer.

Elle refoula l’aversion instinctive qu’elle éprouvait pour Mac Cready et, l’interpellant avec un sourire :

— Le chien, dit-elle gentiment, ne vous aime pas. Voulez-vous que je vous réconcilie avec lui ? Elle se pencha sur Kazan, dont Thorpe avait pris la chaine dans sa main, prêt à le retenir, s’il était nécessaire.

Mac Cready se courba aussi vers le chien. Son visage et celui d’Isabelle se rencontrèrent presque. Le guide vit, à quelques pouces de sa bouche, la bouche de la jeune femme qui, une petite moue harmonieuse au coin de la lèvre, morigénait Kazan et tentait de faire rentrer ses grognements dans sa gorge. Mac Cready, profitant de ce que Thorpe, à qui il tournait le dos, ne pouvait le voir, recommença à fixer la jeune femme, qui paraissait l’intéresser infiniment plus que Kazan.

— Faites comme moi, dit-elle. Caressez-le… Mais Mac Cready s’était déjà redressé.

— Vous êtes brave ! repartit-il. Moi je n’oserais pas. Il m’arracherait la main.