Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/212

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


– Des loups ! grommela-t-il. Volontiers, pour me détendre un peu les nerfs, je leur tirerais une balle de ce vieux flingot, qui opère à un coup par minute. Bon Dieu ! Écoutez-les gueuler… Et en plein jour encore !

Il sauta à terre.

À un quart de mille de là, Louve Grise avait senti dans le vent la dangereuse odeur de l’homme. Kazan s’était éloigné d’elle, quelques minutes avant, pour courir après un lapin blanc. Couchée sous un taillis, en l’attendant, elle avait perçu d’abord le claquement des rames sur l’eau, puis le bruit de la pirogue qui râclait la rive. Alors elle avait jeté à son compagnon, en guise d’avertissement, un long hurlement plaintif. C’était la première fois, depuis l’hiver, qu’un être humain se trouvait ainsi à proximité du couple errant.

Mac Trigger attendit que le dernier écho de la voix de la louve se fût évanoui au loin. Alors il tira de l’embarcation son vieux fusil, y enfila par le canon une cartouche neuve et s’enfonça dans les broussailles qui bordaient le fleuve.

Kazan avait rapidement rejoint Louve Grise et se tenait près d’elle, l’échine hérissée. Une bouffée de vent, imprégnée de l’odeur de l’homme et qu’il huma, le fit tressaillir.

Sandy avait chassé le renard dans les régions arctiques et, selon la tactique que lui avaient enseignée les Esquimaux, il tournait autour de son gibier jusqu’à ce qu’il se trouvât à contre-vent.

Mais Louve Grise était plus fine encore que le renard aux petits yeux rouges de l’Arctique. Son museau pointu suivait lentement l’évolution circulaire de Sandy. Elle entendit, à quelques trois cents yards, une branche sèche craquer sous les pieds de l’homme, qui commençait à se rapprocher. Puis ce fut le bruit métallique du fusil, qui heurtait le tronc d’un jeune