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XXII

LA LUTTE CONTRE LES ENVAHISSEURS

Comme tous deux étaient encore à un demi-mille de distance, une brise légère, qui soufflait du sud, apporta aux naseaux de Louve Grise l’odeur des intrus.

De l’épaule, en signe d’avertissement, elle heurta Kazan qui, à son tour, flaira dans l’air l’odeur étrange. Celle-ci ne fit que croître à mesure qu’ils avançaient.

À deux cents yards environ des castors, ils perçurent le craquement soudain d’un arbre qui tombait et le claquement de l’eau sous sa chute. Il s’arrêtèrent net et, durant une bonne minute, ils demeurèrent les nerfs tendus, et aux écoutes. Puis ils entendirent de nouveaux clapotements dans l’eau, accompagnés de cris perçants.

Louve Grise tourna vers Kazan ses yeux aveugles. Mieux que lui, elle savait ce dont il s’agissait et elle eût voulu pouvoir le lui dire.

Ils reprirent en avant leur petit trot. Quand ils arrivèrent là où ils avaient laissé un îlot, cerclé d’un peu d’eau, et l’arbre creux qui les avait si longtemps abrités, Kazan éprouva un ahurissement sans limites en face du prodigieux changement qui avait eu lieu durant leur absence. Un étang couvrait le sol, inondant arbres et buissons.

Kazan et Louve Grise s’étaient avancés sans faire