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coupant d’une digue le torrent, un peu au-dessous de l’îlot, celui-ci serait facilement inondé, avec sa provision de peupliers, d’aulnes, de saules et de bouleaux. Un rideau d’arbres épais coupait le vent, du côté du nord, et promettait pour l’hiver une température clémente.

Dent-Brisée fît aussitôt comprendre à la troupe que c’était ici qu’il convenait de se fixer. Ce fut à qui se hâterait d’escalader l’ilot et les berges qui lui faisaient face. Les bébés castors commencèrent incontinent à grignoter les écorces qui leur tombaient sous la dent. Les castors adultes, après quelques bouchées, se mirent au travail sans plus tarder et, sous la direction de Dent-Brisée, entamèrent, le jour même, leur œuvre de constructeurs.

Dent-Brisée, ayant jeté son dévolu sur un gros bouleau qui s’élevait en bordure du torrent, entreprit de le sectionner par la base. En dépit de sa dent perdue, le vieux patriarche savait faire bon usage des trois qui lui restaient et que l’âge n’avait point détériorées.

Les dents du castor sont tranchantes comme autant de ciseaux d’acier. Un dur émail, qui ne s’écaille jamais, les recouvre extérieurement. Du côté intérieur, elles sont formées d’un ivoire plus tendre qui, au fur et à mesure de son usure, se renouvelle d’année en année.

Assis sur son train de derrière, ses pattes de devant appuyées contre le trône d’arbre, et bien en équilibre sur sa queue, où il s’arc-boutait, Dent-Brisée taillait autour du tronc une bague, qui allait peu à peu en s’amincissant. Il travailla plusieurs heures durant et quand enfin il s’arrêta, pour se reposer, un autre ouvrier se mit à la tâche.

D’autres castors adultes, durant ce temps, coupaient de moindres arbres. Ce fut un petit peuplier qui, avec grand fracas, s’abattit le premier dans l’eau.