Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/183

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Louve Grise comprit et caressa son louveteau. Elle le ramena avec elle et, dans sa gueule, il rapporta à son père une aile de l’oiseau vaincu.

La chasse, dès lors, devint la passion dominante de Bari. Quand il ne dormait point au soleil ou, la nuit, dans le creux de l’arbre, il cherchait tout ce qui avait vie et qu’il pouvait détruire.

Il massacra une famille entière de souris des bois. Les oiseaux-des-élans, qu’il guettait à l’affût, lui furent également une proie facile et, en quelques jours, il réussit à en tuer trois. Il fut, par contre, moins heureux avec une hermine, qui le mordit cruellement et qui échappa, indemne, lui faisant connaître ainsi sa première défaite.

De cette défaite, il demeura, pendant plusieurs jours, fort marri et il se tint plus tranquille. Mais il avait appris que, parmi les bêtes du Wild, il convenait d’être prudent avec celles qui, comme lui, portaient des crocs. Et, plus généralement, il sut que ce n’était point de celles-là qu’il convenait de faire sa nourriture. S’étant, en effet, rencontré, quelque temps après, avec un chat-pêcheur, qui était comme lui en quête de nourriture, il le laissa passer son chemin, sans lui rien dire. Et le chat-pêcheur, non moins circonspect, fit de même.

D’autres notions étaient innées en lui. Instinctivement il sut, avant même d’en avoir éprouvé la cuisante blessure, qu’il était nécessaire d’éviter tout contact avec le porc-épic.

Les courses du louveteau devenaient de plus en plus lointaines et plus longues ses absences. Louve Grise, au début, s’inquiétait lorsque son fils tardait trop à rentrer au gîte. Maintenant elle s’en souciait moins. La loi de la Nature suivait son cours.

Puis vint un après-midi où Bari s’éloigna plus encore que les autres jours. Il tua un lapin, s’en