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Grise, d’autres étrangers que le silencieux whiskeyjack,[1] les oiseaux-des-élans, aux yeux ronds, les moineaux babillards dans les buissons, les gentilles souris des bois et les petites hermines.

Kazan finit par se rassurer. Délaissant de temps à autre sa faction, il s’en allait, dans l’ombre, flairer son fils, l’unique louveteau que Louve Grise avait engendré.

Ce louveteau, si les Indiens Dog Ribs[2], qui habitent un peu plus vers l’ouest, avaient eu à lui donner un nom, ils l’auraient sans aucun doute appelé Baree (Bari), qui dans leur langage signifie à la fois « sans frère ni sœur » et « chien-loup », deux choses qu’il était effectivement.

Ce fut, dès le début, un petit bonhomme doux et vif, à qui sa mère prodigua tous les soins dont elle était capable. Il se développa avec la rapidité précoce d’un loup, et non avec la lenteur coutumière aux petits chiens.

Pendant les trois premiers jours, il ne fit rien d’autre que de se tasser, le plus près possible, contre le ventre de sa mère. Il tétait quand il avait faim, dormait tout son saoul, et la langue affectueuse de Louve Grise n’arrêtait pas de le peigner et nettoyer.

Le quatrième jour, sa curiosité commença à s’éveiller. Avec d’énormes efforts, et s’agrippant des griffes au poil de Louve Grise, il se hissa jusqu’à la gueule de sa mère. Puis il risqua de s’éloigner d’elle, se traîna à quelques pieds de distance, en chavirant sur ses pattes molles, et, une fois là, se mit à renifler désespérément, en se croyant à tout jamais perdu.

Il connut ensuite que Kazan était comme une partie de Louve Grise, Huit jours ne s’étaient pas écoulés

  1. Sorte de geai, aux gros yeux, du Northland.
  2. Dog Ribs ou Côtes-de-Chiens.