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les faisait jaillir de la chair, comme une écharde que l’on repousse du doigt.

Au crépuscule, Kazan était entièrement libéré et il s’en alla rejoindre Louve Grise au creux de l’arbre. Mais, plusieurs fois durant la nuit, il dut encore se relever et s’en aller au petit torrent, afin de calmer la cuisson inapaisée.

Le lendemain, il n’était point joli, joli, et son mufle avait ce que les gens du Wild appellent "lagrimace du porc-épic". La gueule était enflée au point que Louve Grise s’en fût tordue de rire, si elle n’eût point été aveugle et si elle eût été un être humain. Les lèvres étaient, le long des mâchoires, boursouflées comme des coussins. Les yeux n’étaient plus que deux fentes étroites, au milieu d’une fluxion générale de la face.

Lorsque Kazan sortit de l’arbre et vint au jour, il ne pouvait guère mieux voir que sa compagne aveugle. La douleur, du moins, s’en était allée en grande partie. La nuit suivante, il put songer à chasser de nouveau et revint, avant l’aube, avec un lapin.

La chasse aurait pu être plus fructueuse et s’augmenter d’une perdrix de sapins si, au moment même où Kazan allait bondir vers l’oiseau posé sur le sol, il n’avait entendu le doux caquetage d’un porc-épic.

Il en fut cloué sur place. Il n’était point facile à effrayer. Mais le piaillement incohérent et vide de la bestiole aux dards cruels suffit à le terrifier et à le faire déguerpir au loin, quelques instants après, au pas accéléré, la queue entre les pattes.

Avec la même invincible appréhension que l’homme éprouve pour le serpent, Kazan devait éviter toujours, désormais, cette créature du Wild, si bon enfant, qu’on n’a jamais vue, dans l’histoire animale, perdre sa jacassante gaieté ni chercher noise à quiconque.

Deux semaines durant, après l’aventure de Kazan et du porc-épic, les jours continuèrent à croître, le