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l’humus un grand trou, et lançant des coups de griffes, à tort et à travers, aux dards qui lui perçaient la chair. Puis, comme l’avait fait le lynx sur la bande de sable, comme le font tous les animaux qui ont pris contact de trop près avec l’ami porc-épic, il se releva soudain et se mit à courir tout autour de l’îlot, hurlant à chacun de ses bonds désordonnés.

La louve aveugle devinait sans peine ce qui se passait. Elle ne s’en affolait point outre mesure et peut-être — qui sait quelles idées peuvent germer dans le cerveau des animaux ? — s’amusait-elle intérieurement de la mésaventure advenue à son imprudent compagnon, dont elle entendait et se figurait les gambades grotesques.

Comme, au demeurant, elle n’y pouvait rien, elle s’assit sur son derrière et attendit, dressant seulement les oreilles et s’écartant un peu, chaque fois que dans sa ronde démente Kazan passait trop près d’elle.

Le porc-épic, durant ce temps, satisfait du succès de sa manœuvre défensive, s’était précautionneusement déroulé, avait replié ses piquants et, tout en se dandinant, avait silencieusement gagné un peuplier voisin, qu’il escalada prestement, en s’y accrochant des griffes. Après quoi il se mit à grignoter, fort tranquille, la tendre écorce d’une petite branche.

Après un certain nombre de tours, Kazan se décida à s’arrêter devant Louve Grise. La douleur occasionnée chez lui par les terribles aiguilles avait perdu de son acuité. Mais elle laissait dans sa chair l’impression d’une brûlure profonde et continue. Louve Grise s’avança vers lui, s’en approcha tout près, et le tâta du museau et de la langue, avec prudence. Puis elle saisit délicatement entre ses dents deux ou trois piquants, qu’elle arracha.

Kazan poussa un petit glapissement satisfait et Louve Grise renouvela la même opération avec un