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dans leurs huttes glacées, avaient attendu cette heure joyeuse, cette folle nuit de plaisir, qui allait redonner quelque attrait à la vie. C’était la Compagnie qui offrait la fête à tous ceux qu’elle employait ou avec qui elle commerçait.

Cette année plus que les autres, afin de dissiper les tristes souvenirs de la Mort Rouge, l’agent s’était mis en frais.

Il avait fait tuer par ses chasseurs quatre gros caribous et, dans la vaste clairière qui entourait la Factorerie, empiler d’énormes tas de bûches sèches. Sur des fourches de sapin, hautes de dix pieds, reposait, en guise de broche, un autre sapin, lisse et dépouillé de son écorce. Il y avait quatre de ces broches et sur chacune d’elles était enfilé un caribou tout entier, qui rôtissait au-dessus du feu.

Les flammes s’allumèrent à l’heure du crépuscule et l’agent lui-même entonna le Chant du Caribou, célèbre dans tout le Northland :

Oh ! le caribou-ou-ou, le caribou-ou-ou

Il rôtit en l’air, Haut sous le ciel clair,

Le gros et blanc caribou-ou-ou !

— À vous, maintenant ! hurla-t-il. À vous, et en chœur !

Et, se réveillant du long silence qui, si longtemps, avait pesé sur eux dans le Wild, hommes, femmes et enfants entonnèrent le chant à leur tour, avec une frénésie sauvage, qui éclata vers le ciel. En même temps, se prenant par les mains, ils mettaient en branle, autour des quatre broches enveloppées de flammes, la Grande Ronde.

À plusieurs milles au sud et au nord, à l’est et à l’ouest, se répercuta ce tonnerre formidable. Kazan et Louve Grise, et les outlaws sans maîtres qui étaient