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d’un tertre allongé, dont la forme étrange se dessinait encore sous la neige. Elle en fit trois fois le tour, avec défiance, puis s’assit sur son derrière, à quelque distance.

À son tour, Kazan s’approcha du tas et renifla. Sous cette forme qui bombait dans la neige, tout comme dans le tepee, était la mort. Le fléau rouge était venu jusqu’ici.

La queue basse et les oreilles aplaties, le couple s’éloigna, rampant sur son ventre, jusqu’à ce que le boqueteau de sapins eût disparu. Kazan et Louve Grise ne s’arrêtèrent que dans leur « home » du marais.

Au cours de la nuit suivante, la pleine lune leur apparut sous l’aspect d’un disque blafard, dont le bord était nimbé d’un cercle cramoisi. C’était signe de froid, de froid intense.

Toujours la Mort Rouge allait de pair avec les grands froids. Et plus la température s’abaissait, plus les ravages de l’épidémie étaient terribles.

Durant toute la nuit, le froid ne fit qu’augmenter. Il pénétra jusqu’au cœur de l’arbre où gîtaient Kazan et Louve Grise, et les fit se tasser plus étroitement l’un contre l’autre,

À l’aube, qui apparut vers huit heures du matin, les deux bêtes se risquèrent à sortir de leur retraite. Un thermomètre eût marqué cinquante degrés sous zéro. Dans les ramures des sapins, les perdrix étaient recroquevillées sur elles-mêmes, en boules de plumes, et elles n’avaient garde de descendre sur le sol. Les lapins bottés de neige demeuraient enfouis au plus profond de leurs terriers.

Kazan et Louve Grise ne purent relever aucune piste et après une demi-heure d’une chasse stérile, s’en retournèrent vers leur arbre.

Deux ou trois jours avant, Kazan avait enterré