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traient La Mort, celle de l’homme, était partout. Et, à mesure qu’ils allaient, elle gémissait davantage, en mordillant le flanc de Kazan, qui trottait toujours de l'avant.

Tous deux arrivèrent ainsi à une clairière, où s’élevait une cabane. Cette cabane était celle d'Otto, le chasseur de fourrures.

Louve Grise s’arrêta devant et, s’asseyant sur son derrière, leva vers le ciel gris sa face aveugle. Puis elle jeta une longue plainte. Alors les poils de Kazan commencèrent à se hérisser tout le long de son échine. Il s’assit à son tour et joignit à celui de Louve Grise sa hurle à la Mort.

La Mort était en effet dans la cabane. Au sommet de celle-ci se dressait une perche, faite d’un jeune sapin, au bout de laquelle flottait une bande de cotonnade rouge. C’était le drapeau avertisseur de la Mort Rouge, dont, de James Bay au Lac Athabasca, tout le monde connaissait bien la signification.

Le trappeur Otto, comme des centaines d'autres héros du Northland, avant de se coucher pour mourir, avait arboré le funeste signal.

Cette même nuit, sous la froide clarté de la lune, Kazan et Louve Grise reprirent leur course et s’éloignèrent de la cabane.

De factorerie en factorerie passaient les funèbres messagers de mort. L’un d’eux, qui venait du Lac du Renne et avait longé le Lac Wollaston[1] arriva, en traversant sur la glace le Lac Athabasca, au Poste du Fond-du-Lac.

— La Mort Rouge, disait-il, a contaminé les Indiens, eux aussi, depuis les riverains de la Baie d’Hudson jusqu’aux Crées et aux Chippewas, entre

  1. Le Lac du Renne et le Lac Wollaston sont situés au sud du Lac Athabasca, ainsi que les Forts Albany et Churchill.