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sautent sur lui et lui arrachent le poil, comme vous feriez du coton sauvage qui pousse sur les buissons. J’ai essayé de la strychnine dans de la graisse de renne. J’ai installé des pièges d’acier, habilement dissimulés, et des trappes à bascule, qui assomment mort qui s’y laisse prendre. Ils s’en moquent. Si je n’arrive pas à mettre la main sur eux, ils me forceront à décamper d’ici. Pour cinq beaux lynx que j’ai pris, ils m’en ont détruit sept ! Cela ne peut continuer ainsi !

Ce récit avait prodigieusement intéressé Paul Weyman. Il était de ces cerveaux réfléchis, dont il y a de plus en plus, qui estiment que l’égoïsme de race aveugle l’homme complètement sur nombre de faits, et non des moins intéressants, de la création. Il n’avait pas craint de proclamer hautement, et il avait dû à cette affirmation osée la célébrité dont il jouissait dans tout le Canada, que l’homme n’est pas le seul être vivant capable de raisonner ses actions et qu’il peut y avoir, dans l’acte habile et propice d’un animal, autre chose que de l’instinct.

Il estima donc que derrière les faits rapportés par Henri Loti, il y avait une raison cachée qu’il serait intéressant de découvrir. Et, jusqu’à minuit, il ne fut question que des deux loups mystérieux.

— Il y en a un, disait le métis, qui est plus gros que l’autre, et c’est toujours celui-là qui engage et mène le combat avec le lynx captif. Cela, ce sont encore les empreintes marquées sur la neige qui me l’enseignent. Durant la bataille, le plus petit loup se tient à distance, et c’est seulement lorsque le lynx est estourbi qu’il arrive et aide l’autre loup à le mettre en pièces. Cela encore, la neige me le dit clairement. Une fois seulement, j’ai pu constater que le petit loup était, lui aussi, entré en lutte. Celle-ci avait dû être plus chaude, car un autre sang se mêlait sur la neige à celui du lynx. J’ai, grâce à ces taches