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rabattit, ses oreilles et commença à se mettre en garde.

Déjà Louve Grise, pleine d’ardeur et oubliant sa cécité, allait bondir vers l’ennemi. Kazan, avec un grondement irrité, l’arrêta net, d’un coup d’épaule, et elle demeura sur place, à la fois écumante et plaintive, tandis que Kazan marchait seul à la bataille.

À pas légers, les oreilles pointées en avant, sans aucune menace apparente dans son attitude, il s’avança. C’était la meurtrière stratégie du husky, habile en l’art de tuer.

Un homme coutumier de la civilisation n’eût pas manqué de penser que le chien-loup s’approchait du lynx avec des intentions tout amicales. Mais le lynx savait à quoi s’en tenir. L’instinct ancestral lui avait appris, à lui aussi, qu’il était en face d’un ennemi. Ce qu’il ignorait toutefois, c’est que la tragédie du Sun Rock avait fait cet ennemi plus féroce encore.

Le chat-pêcheur avait compris de son côté qu’une grande bataille allait se livrer, et il s’écrasa contre terre, au ras du sol. Quant aux porcs-épics, ils piaulaient éperdument, comme de petits enfants qui ont grand’peur, et ils dressaient, plus droits, leurs piquants.

Parmi les nuages de fumée, de plus en plus denses, le lynx s’était aplati sur son ventre, comme font les félins, le train de derrière ramassé et contracté pour l’élan.

Autour de lui, Kazan se mit à tourner, léger et presque impondérable, et le lynx pivotait sur lui-même, non moins alerte et rapide. Huit pieds environ les séparaient.

Ce fut le lynx qui, pareil à une boule, bondit le premier sur son adversaire. Kazan ne tenta point d’échapper en sautant de côté. Il para de l’épaule et,