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Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/513

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FLORIAN


1755 — 1794



« Sur les bords du Gardon, au pied des hautes montagnes des Cévennes, entre la ville d’Anduze et le village de Massanne, est un vallon où la nature semble avoir rassemblé tous ses trésors. Là, dans de longues prairies où serpentent les eaux du fleuve, on se promène sous des berceaux de figuiers et d’acacias. L’iris, le genêt fleuri, le narcisse émaillent la terre ; le grenadier, l’aubépine exhalent dans l’air des parfums ; un cercle de collines parsemées d’arbres touffus ferme de tous côtés la vallée, et des roches couvertes de neige bordent au loin l’horizon… »

Devenu capitaine de dragons et gentilhomme du duc de Penthièvre, Jean-Pierre Clovis de Florian peignait ainsi la vallée close où s’était passée son enfance ; il enjolivait des plus riantes couleurs son beau pays natal pour en faire l’heureuse Bétique de son Estelle et de son Némorin. Les souvenirs de ses premières années, doucement évoqués par sa molle imagination, venaient sans effort encadrer les tableaux naïfs de ses pastorales : « Je veux, disait-il célébrer ma patrie ; je veux peindre ces beaux climats où la verte olive, la mûre vermeille, la grappe dorée croissent ensemble sous un ciel toujours d’azur ; où, sur de riantes collines semées de violettes et d’asphodèles, bondissent de nombreux troupeaux ; où, enfin, un peuple spirituel et sensible, laborieux et enjoué, échappe aux besoins par le travail et aux vices par la gaieté. »

Quand il retraçait presque sans y songer le caractère de ce peuple languedocien de la vallée du Gard, le romanesque auteur d’Estelle ne se doutait guère qu’il donnait une idée parfaite de son propre caractère et de son propre esprit. Il fut, on effet, tout à la fois laborieux et