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ROUCHER


1745 — 1794



« Les plus belles pensées de l’esprit humain sont en vers, » disait Roucher. Aussi ne songea-t-il qu’à écrire en vers, dès que son imagination méridionale entrevit le fantôme de la gloire littéraire. Né à Montpellier d’un père tailleur ou corroyeur, il vint à Paris à vingt ans, comme s’il eût entendu l’appel sacré, au collège même, des jésuites. On a dit que son projet, à cet âge, était d’entrer dans l’état ecclésiastique et de prendre ses degrés en Sorbonne. Si cette vocation traversa un instant son esprit, elle s’en effaça si vite qu’elle n’y laissa pas le moindre vestige d’une influence religieuie. Il respira bientôt à pleins poumons, dans l’air parisien, le souffle de la poésie môle aux émanations d’une philosophie passionnée. Roucher se sentit poëte, dès qu’une pensée frémit sur ses lèvres. Il l’était en effet par son origine, par la chaleur de son sang et de son imagination, par l’élan irrésistible du tempérament. Ses contemporains ne s’y trompèrent pas : « C’est le Père Lemoine de notre siècle, s’écria La Harpe. Il a une tète poétique. » Et quand les Mois eurent paru, le mot cruel de Rivarol ne vint-il pas à son tour rendre hommage, par une épigramme, à la vocation incontestable de Roucher ? « Le plus beau naufrage poétique du siècle ! » dit en souriant l’auteur de VAlmanach des grands hommes. Oui, naufrage sans doute ; mais naufrage à toutes voiles et en pleine mer, sous un ciel brillant et ardent !

Roucher eut ses enthousiastes et ses critiques, aussitôt qu’il donna lecture de ses premières productions, comme s’il eût été vraiment destiné aux triomphes du génie. On lui appliquait sans doute, en l’écoutant, cette piquante remarque d’un homme d’esprit sur le succès passager d’un autre poëte du Languedoc : « Quand Florian s’est élevé de petite pièce