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Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/371

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MALFILATRE


1733 — 1767



Le vers de Gilbert si connu, que le nom de Malfilâtre le rappelle toujours au souvenir des plus simples lettrés, demeure désormais comme un trait d’union entre ces deux infortunes de la vie littéraire. Ces deux poëtes, morts, si jeunes, dans les angoisses de la pauvreté, passent devant le regard de l’imagination comme ces ombres de Dante que le courant de la brume infernale emporte. Amoureux d’idéal, que châtient, tels que des révoltés, les nécessités de la vie commune, ils restent ainsi pour nous la désolée vision de ces luttes où succombe trop souvent le pauvre, qui semble ne pas avoir le droit de se vouer à la pure religion du Beau. « La faim, le tombeau, » Voilà les deux mots qui tintent comme un glas dans le vers populaire de Gilbert. Combien de courageux imprudents les ont entendus au départ, et cependant se sont mis en marche, oubliant le funeste présage ! Quand quelqu’un de ces nobles insensés vient à disparaître tristement, il est trop souvent vrai que, « si la pauvreté n’a pas été cause de cette fin prématurée, elle n’y a pas nui, » comme le remarque un grand poète allemand •, à propos d’un de ces navrants trépas.

Malfilâtre fut de ceux que les conditions de sa naissance et de sa nature semblaient vouer fatalement à ces douloureuses destinées. Charles-Louis Clinchant de Malfilâtre naît à Caen, de parents auxquels une position difficile et précaire impose tout d’abord d’onéreux sacri » Henri Heine.