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Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/249

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COLLÉ


1709 — 1783



« La gaieté inépuisable avec laquelle j’ai eu le bonheur de naître… » Cette petite phrase de Collé sur lui —même explique à merveille le caractère et l’esprit de ce chansonnier. Il y a je ne sais quel pédantisme béat dans cet aveu solennel d’un homme futile ; j’y sens aussi une profonde rancune contre les grands talents sérieux de son époque ; j’y devine encore tout un système littéraire, toute une rhétorique, toute une poétique à son usage. Charles Collé, beaucoup moins naïf que ses confrères du Caveau, estime qu’il y a vraiment une École nationale de littérature en France, l’École de la gaieté, A l’entendre., il serait de la lignée, non pas seulement des Blot, des Marigny, des Haguenier, des Legrand, des Dufresnoy, des Piron, mais encore et surtout des Marot, des Montaigne, des Rabelais, des Chapelle, des La Fontaine. Dans sa vanité humiliée par les gloires véritables du xvm* siècle, ce hargneux rhéteur de la chanson s’imagine bonnement qu’après lui la littérature française, en proie aux raisonneurs et aux larmoyants, ne rencontrera plus sur son chemin le moindre mot pour rire. C’en est fait désormais de la gaieté, c’en est fait, dit-il, de ce genre national dont Panard est le Corneille et Favart le Racine. L’esprit sophistique a tué le vaudeville, la philosophie a corrompu du même coup les mœurs et les lettres, et « plus les mœurs se corrompent, plus on devient décent, » c’est-à-dire raisonneur, larmoyant et morose. Si l’on pressait de questions ce singulier moraliste, qui a la décence en horreur, on lui ferait bientôt avouer que ce traître de Voltaire, cet ennuyeux renégat des doctrines joyeuses de Marot, de Rabelais, de Montaigne et de La Fontaine, ce disciple odieux des Anglais a