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Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/180

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PIRON


1690 — 1773



Grimm a fort bien jugé Piron : « C’était, dit-il, une machine à saillies, à épigrammes, à traits. En l’examinant de près, on voyait que ces traits s’entre —choquaient dans sa tête, partaient involontairement, se poussaient pêie-mêle sur ses lèvres, et qu’il ne lui était pas plus possible de ne pas dire de bons mots, de ne pas faire d’épigrammes par douzaines, que de ne pas éternuer. » Elle éternua cinquante ans, la machine à saillies, et Dieu ne bénit Piron qu’une fois : ce fut le jour où la Mélromanie fut saluée au Théâtre— Français comme un chefd’œuvre. Quoique cette comédie, purement anecdotique, soit restée presque classique en France, je doute que parmi les bons juges on persiste à la regarder comme un ouvrage de génie. La philosophie de l’histoire littéraire nous a plus d’une fois démontré qu’il y a, hélas ! chefs-d’œuvre et chefs-d’œuvre, comme il y a fagots et fagots. En réalité, Piron ne fut jamais célèbre : il a eu le malheur de n’être que fameux. S’il garde encore de nos jours une certaine popularité, on peut dire sans injustice qu’il la doit à un grand scandale : il y a sur sa mémoire une tache éclatante que rien n’a pu effacer.

Je ne m’explique pas, je l’avoue, pourquoi, dans ces derniers temps, Piron a trouvé des défenseurs, des champions, des apologistes, et même de nouveaux éditeurs. Un érudit, M. Ludovic Lalanne, a commencé la réhabilitation de cet auteur, en publiant dans un journal quelques fragments assez remarquables de poésies sacrées. Le branle une fois donné, on a mis en vente deux éditions nouvelles de celui qu’on est convenu d’appeler le plus salé des Bourguignons. M. Honoré Bonhomme a mis au jour des lettres et des poésies inédites, en les faisant suivre de quelques griffonnages de mademoiselle Quinault et de mademoiselle Quenaudon, dite de Bar, la maîtresse et la femme de