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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/679

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JEAN DE LA FONTAINE


1621 — 1695



Comme un dieu même de la poésie, appuyé sur ses ouvrages que le temps embellit sans cesse d’un éclat.nouveau, sur ces ouvrages qui ont le don do faire encore des envieux après deux cents années de gloire, mais qui sont pour eux d’airain, d’acier, de diamant, La Fontaine offre ce spectacle inouï d’un homme de génie qui a pu réaliser complètement, et dans sa perfection absolue, l’œuvre qu’il avait rôvée. Accord du sentiment et de l’imagination, l’œil ouvert sur le monde visible et l’œil ouvert sur le monde idéal, invention inépuisable et féconde et talent d’artiste si accompli, qu’il devient exempt du procédé et de la manière et arrive à se dissimuler lui-même, La Fontaine a possédé tous les dons les plus rares et les plus exquis, le goût, la grâce, la force, la tendresse, le vif esprit qui tout à coup éclaire d’un jet le tableau, et l’habileté minutieuse qui en fait vivre les moindres détails ; peintre, musicien, mosaïste inimitable ; mais surtout et avant tout, il H été ce faiseur de miracles qui tire de son sein une création durable ; il a été le poëte. Y a-t-il un secret dans l’admiration universelle qu’inspire le chantre des héros dont Ésope est le père ? Je dis universelle, et jamais ce mot ne fut plus justement appliqué, car il est de vérité élémentaire que les œuvres du fabuliste plaisent aux pauvres déshérités qui font profession de haïr l’art des vers, autant peut-être qu’elles ravissent les hommes de pensée et d’imagination. Il n’est pas rare de voir les sots se passionner pour un bel ouvrage, parce qu’ils s’attachent seulement aux exagérations et aux traits de mauvais goût qui le déparent ; mais cette pâture grossière, jetée aux appétits de la foule, on ne la trouverait pas chez La Fontaine qui garde partout la noblesse et la sobriété du génie.

Que j"ai toujours haï les pensers du vulgaire !