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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/659

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MAUCROIX


1619 — 1708



Madrigaux, épigrammes, odes, élégies, romances, chansons, airs, tel est le bagage poétique de François Maucroix, l’ami de Boileau et de Racine, de Patru, de La Fontaine et de Tallemant des Réaux. Avec ses menues poésies et ses jolies lettres familières, il serait facile d’écrire un livre très-piquant qui aurait pour titre : Une vie de chanoine au xviie siècle. Les études de Maucroix, ses distractions, ses amours, son rôle diplomatique à Rome, ses fonctions de secrétaire gallican à l’Assemblée du clergé, ses liaisons avec les personnages académiques et les chevaliers errants du monde littéraire, formeraient autant de chapitres variés de cette amusante histoire. On y verrait clairement qu’en plein xviie siècle, il s’est rencontré de galants abbés dignes de donner la main aux petits collets du xviiie, et que les Chaulieu, les Remis, n’ont fait que badiner sur la trace légère des Maucroix.

Ce fut à Noyon, patrie du grave Calvin, que naquit le joyeux Maucroix ; mais ce fut à Reims, le pays des bons vins et des gentilles galloises, comme disait La Fontaine, ce fut à l’ombre sévère de la vieille église Saint-Rémi que le bon compagnon vint dresser sa tente. Une jolie petite tente chrétienne, ouverte à tous les souffles ailés du monde païen ! Là, paresseux et amoureux, rimant et babillant comme une Muse antique déguisée en nonnette, Maucroix, sans ambition, sans souci et sans vanité, s’amusa pendant un demi-siècle aux bagatelles de la poésie et de la galanterie. Ce fut un papillon en soutane, un Zéphire et un Amour en rochet et camail. Il vécut en voltigeant des fleurettes du Parnasse aux bosquets d’Idalie, et s’endormit tous les soirs, après les douces fatigues de la journée, sur ce bon oreiller dont