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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/511

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SAINT-AMANT


1599 — 1660



L’anathème de Boileau pèse toujours sur la mémoire de Saint-Amant, et bien que plusieurs critiques modernes aient protesté contre cette condamnation, la postérité injuste ne l’a pas encore levé, tant a de force un jugement sommaire résumé en quelques vers dédaigneusement brefs et qui se retiennent aisément. Nous n’espérons pas redorer les rayons de cette gloire et rendre à Saint-Amant la place qu’il mérite, mais ce fut un poëte dans la vraie acception du mot, et de plus célèbres que tout le monde admire et cite sont loin de le valoir.

Si la funeste réaction commencée par Malherbe n’avait pas prévalu, Saint-Amant eût gardé sa réputation et son lustre, mais la langue qu’il parle tomba en désuétude. Ronsard fut regardé comme barbare, Régnier comme trivial ; l’idiome si riche, si abondant dont ils se servaient, passé au crible, y laissa ses mots les plus colorés et les plus significatifs avec l’image, la métaphore et la substance même de la poésie. Les grammairiens l’emportèrent, et le français entre leurs mains devint la langue par excellence de la prose, des mathématiques et de la diplomatie, jusqu’au glorieux mouvement littéraire qui éclata vers mil huit cent trente.

Saint-Amant ne savait à fond ni le latin ni le grec, mais en revanche il possédait l’espagnol, l’anglais et l’italien. On ne trouve donc pas chez lui ces, fastidieux centons d’antiquité dont abusent jusqu’à la nausée les versificateurs dits classiques ; il copie directement la nature et la reproduit avec des formes qui lui sont propres ; il est moderne et sensible aux objets qui l’entourent. La lecture de ses œuvres si variées de ton vous fait vivre au plein cœur de son époque ; on voit ce qu’il dit, et mille physionomies dessinées d’un trait caractéristique, colorées d’une touche vive et brusque, vous passent devant les yeux en feuille-