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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/503

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GUILLAUME COLLETET


1598 — 1659



« O l’admirable tempérament que celui du complaisant M. Colletet ! « On ne l’a jamais vu en colère ; et en quelque état qu’on le rencontrât, « on auroit jugé qu’il étoit content et aussi heureux même que Sylla « qui se vantoit de coucher toutes les nuits avec la fortune. Nous « allions manger bien souvent chez lui, à condition que chacun y feroit « porter son pain, son plat, avec deux bouteilles de Champagne ou de « bourgogne ; et par ce moyen, nous n’étions point à charge à notre « hôte. Il ne fournissoit qu’une vieille table de pierre, sur laquelle « Ronsard, Jodelle, Belleau, Baïf, Amadis, Jamyn, etc., avoient fait en « leur temps d’assez bons repas. Et, comme le présent nous occupoit « seul, l’avenir et le passé n’y entroient jamais en ligne de compte. « Claudine avec quelques vers qu’elle chantoit, ychoquoit du verre avec i le premier qu’elle entreprenoit, et son cher époux, M. Colletet, nous « récitoit dans les intermèdes du repas, ou quelque sonnet de sa façon, « ou quelque fragment de nos vieux poètes, que l’on ne retrouve point « dans leurs livres.

« C’est assurément un grand dommage que la Yie des poètes, qu’il « avoit faite, ait été perdue. Il en avoit connu quelques-uns, et par « tradition qui étoit pour lui de fraîche date, il savoit de certaines parce ticularités dont il pouvoit seul nous informer. Ceux qui se propo « soient de travailler à son inventaire m’ont assuré qu’il leur en avoit « évité la peine et qu’il n’avoit laissé à Monsieur son fils que le nom de « Colletet pour tout héritage ! »

Cette page, que je transcris du Chevrœana, m’a toujours rempli d’attendrissement. C’est un petit tableau complet, charmant, touchant même. On voit ce digne homme, — il n’était plus déjà très-jeune alors.