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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/499

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Au delà des bords du Cocyte
Il n’est plus parlé de mérite,
Ni de vaillance, ni de sang :
L’ombre d’Achille ou de Thersite,
La plus grande et la plus petite,
Vont toutes en un même rang.

..............

L’âge, qui toute chose efface,
Confond les titres et les noms,
Et ne laisse que quelque trace
De tous ces inutiles sons
Pour qui si fort nous nous pressons ;
Les Achilles et les Thésées,
Là-bas, sous les tristes lauriers
Qui parent les Champs Élysées,
Ne sont ni plus grands ni plus fiers,
Ni leurs ombres plus courtisées,
Par toutes ces odes prisées,
Où l’on chante leurs faits guerriers.
 
Mais je sens que Phébus m’emporte
Plus loin que je n’avais pensé,
Et me prête une voix plus forte
Que celle dont j’ai commencé ;
Mon chant s’est bien fort avancé.
Prince, que l’Univers admire,
Il est temps que je me retire ;
Des sons si hauts et si hardis
Sont mal accordants à la lyre.
Je m’arrête donc, et vous dis :

Aimez, Seigneur, aimez à vivre,
Et faites que de vos beaux jours
Le long et le fortuné cours
De toutes craintes nous délivre :
Conservez-vous pour l’Univers.