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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/498

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DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

Qu’on voit que le plus noble sang,
Fût-il d’Hector ou d’Alexandre,
Est aussi facile à répandre
Que l’est celui du plus bas rang ;
Que, d’une force sans seconde,
La mort sait ses traits élancer,
Et qu’un peu de plomb peut casser
La plus belle tête du monde ;
Qui l’a bonne y doit regarder.
Mais une telle que la vôtre
Ne se doit jamais hasarder :
Pour votre bien et pour le nôtre,
Seigneur, il vous la faut garder.

C’est injustement que la vie
Fait le plus petit de vos soins ;
Dès qu’elle vous sera ravie,
Vous en vaudrez de moitié moins.
Soit roi, soit prince, ou conquérant,
On déchet bien fort en mourant ;
Ce respect, cette déférence.
Cette foule qui suit vos pas,
Toute cette vaine apparence
Au tombeau ne vous suivront pas.
Quoi que votre esprit se propose,
Quand votre course sera close,
On vous abandonnera fort,
Et, seigneur, c’est fort peu de chose
Qu’un demi-dieu, quand il est mort.

Du moment que la fière Parque
Nous a fait entrer dans la barque
Où l’on ne reçoit point les corps.
Et la gloire et la renommée
Ne sont que songes et fumée,
Et ne vont point jusques aux morts.