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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/494

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DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.


ÉPITRE A MONSIEUR LE PRINCE
SUR SON RETOUR D'ALLEMAGNE, L’AN 1645


Soyez, Seigneur, bien revenu
De tous vos combats d’Allemagne,
Et du mal qui vous a tenu
Sur la fin de cette campagne,
Et qui fit penser à l’Espagne
Qu’enfin, le ciel, pour son secours,
Était prêt de borner vos jours
Et cette valeur accomplie
Dont elle redoute le cours.
Mais, dites-nous, je vous supplie :

La mort, qui, dans le champ de Mars,
Parmi les cris et les alarmes,
Les feux, les glaives, et les dards.
Le bruit et la fureur des armes,
Vous parut avoir quelques charmes,
Et vous sembla belle autrefois,
A cheval, et sous le harnois ;
N’a-t-elle pas une autre mine,
Lorsqu’à pas lents elle chemine
Vers un malade qui languit ?
Et semble-t-elle pas bien loide,
Quand elle vient, tremblante et froide,
Prendre un homme dedans son lit ?

Lorsque l’on se voit assaillir
Par un secret venin qui tue.
Et que l’on se sent défaillir
Les forces, l’esprit, et la vue ;
Quand on voit que les médecins
Se trompent dans tous leurs desseins,