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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/493

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grandit toutes les autres et sans laquelle toutes les autres ne sont rien ; il a le don naturel et inné du vers, cette faculté rhythmique et harmonieuse que rien ne peut nous donner si elle n’est pas en nous ; et c’est pourquoi je m’explique mal comment son nom a pu être rapproché de celui de Voltaire.

J’aurais beaucoup à ajouter sur Voiture ; mais j’aime mieux, en finissant, recopier pour le lecteur un sonnet exquis de M. UlricGuttinguer, qui lui en dira plus long que mes paroles. Ces vers, dès longtemps célèbres, ne pouvaient pas manquer à cette anthologie ; mais leur auteur nous pardonnera de les placer ici, car ils sont devenus inséparables du livre qui les a inspirés.

A UNE DAME
EN RENVOYANT LES ŒUVRES DE VOITURE

Voici votre Voiture et son galant Permesse ;
Quoique guindé parfois, il est noble toujours ;
On voit tant de mauvais naturel de nos jours,
Que ce brillant monté m’a plu, je le confesse.

On voit (c’est un beau tort) que le commun le blesse,
Et qu’il veut une langue à part pour ses amours ;
Qu’il croit les honorer par d’étranges discours :
C’est là de ces défauts où le cœur s’intéresse.

C’était le vrai pour lui que ce faux tant blâmé ;
Je sens que volontiers, femme, je l’eusse aimé.
Il a d’ailleurs des vers pleins d’un tendre génie.

Tel celui-ci, charmant , qui jaillit de son cœur :
« Il faut finir ses jours en l’amour d’Uranie. »
Saurez-vous, comme moi, comprendre sa douceur ?

Théodore de Banville.

Pinchesne, le neveu de Voiture réunit ses œuvres en 3 volumes in-12, 1649-1658. Elles ont été plusieurs fois réimprimées. M. Ubicini a donné une dernière édition plus complète en 1855. (Collection Janet.)

On lira utilement sur Voiture le Ménagiana (passim) ; Baillet (Jugements des savants) ; Sainte-Beuve (Causeries du lundi, XIIe volume) ; Victor Cousin (Études sur la société du XVIIe siècle) ; Demogeot (Tableau de la littérature française au XVIIe siècle, avant Corneille) ; Hallam (Histoire de la littérature de l’Europe, tome III) ; Charles Labitte (Revue de Paris, 1835.)