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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/30

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Adieu, vieille forest, le jouet de Zephyre,
Où premier j’accorday les langues de ma lyre,
Où premier j’entendi les flèches resonner
D’Apollon, qui me vint tout le cœur estonner ;
Où, premier admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jetta,
Et de son propre laict Euterpe m’allaita.

Adieu, vieille forest, adieu, testes sacrées,
De tableaux et de fleurs en tout temps révérées,
Maintenant le desdain des passans altérez,
Qui, bruslez en l’esté des rayons etherez,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers, et leur disent injures !
 
Adieu, chesnes, couronne aux vaillans citoyens.
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui, premiers, aux humains donnastes à repaistre ;
Peuples vrayment ingrats, qui n’ont sçeu recognoistre
Les biens receus de vous, peuples vrayment grossiers,
De massacrer ainsi leurs pères nourriciers !

Que l’homme est malheureux qui au monde se fie !
Dieux, que véritable est la philosophie.
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu’en changeant de forme, une autre vestira !

De Tempe la vallée, un jour, sera montagne,
Et la cyme d’Athos, une large campagne :
Neptune, quelquefois, de blé sera couvert :
La matière demeure et la forme se perd.