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Page:Crépet - Les Poëtes français, t2, 1861.djvu/129

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ÉTIENNE DE LA BOËTIE


1530 — 1563



N’eût-il parlé que pour ces mendiants de gloire, avant tout désireux de faire un avenir à leur tombe, le poëte grec n’aurait pas prononcé en vain son mot d’ordre mélancolique. « Les dieux bénissent celui qui meurt jeune. » L’imagination des siècles, cette grande prêteuse, fait volontiers crédit aux lutteurs interrompus dès le premier effort ; elle leur tient compte des années qu’ils n’ont pas vécu, des hautes entreprises qu’ils rêvaient, des poëmes qu’ils auraient pu écrire ; elle répare l’injustice apparente de la destinée, prompte à dépouiller ces printemps, en portant ses regrets plus loin encore que ne pouvaient aller ses espérances ; elle se dédommage du désenchantement quotidien que lui imposent tant de maturités flétries, tant de vieillesses prostituées, en dressant à l’horizon du passé, dans une éternelle attitude de pureté, de courage et de grâce, la statue de ses privilégiés qui n’ont pas eu le temps de compromettre leurs titres à l’immortalité ! Qu’on redise pour la millième fois devant nous quelqu’un de ces noms fraternels en dépit de la diversité des dons et des origines. Hoche ou Germanicus, André Chénier ou Bichat, Novalis ou Kirke White, pour la millième fois nous agiterons dans nos cœurs les semences sacrées de l’attendrissement et de l’enthousiasme ; pour la millième fois nous serons possédés de ce charme indécis et profond qui nous reprend aussi en mémoire de ces femmes rencontrées par hasard, admirées toute une heure, et depuis transfigurées dans nos âmes par la victorieuse magie du souvenir !