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Aux ailes des moulins butant ses fers de lance,
Vint faire la culbute en l'herbe des fossés,
Le nez en marmelade et les jupons troussés.
Ce n'est pas tout d'ailleurs. Ma loyauté robuste
En ses emportements ne fut pas toujours juste.
J'en garde le remords et suis mal satisfait
D'avoir gourmé des gens qui ne m'avaient rien fait.
C'est ainsi que jadis, j'en conviens et sans honte,
J'eus tort, Philinte, tort, grand tort avec Oronte.
Il est irréprochable à ce que j'en connais!
Il malmène la Muse et fait mal les sonnets,
Soit! Mais me force-t-il à les signer? En somme,
S'il est mauvais poète, il est fort honnête homme.
Donc, quel besoin pour moi, quelle nécessité,
De lui cracher son fait avec brutalité?
La révolte est choquante où le dédain s'impose,
Et c'est le fait d'un fou que s'emporter sans cause.


Philinte

J'ai peine à retrouver l'Alceste d'autrefois
Dans celui qui pourtant me parle par sa voix.
Un coeur pacifié qu'on n'y soupçonnait guère
Bat-il sous le harnois du vieil homme de guerre,
Ou votre esprit chagrin veut-il plus simplement
Se donner ma surprise en divertissement?
Qu'un langage aussi neuf me causerait de joie
Si...


Alceste

Ma sincérité paye en bonne monnoie,
Philinte, et c'est l'excès de mon seul repentir
Que vous trahit ma bouche inhabile à mentir.
Oui, mon esprit baigné de nouvelle lumière
Se rouvre, grâce à vous, à sa candeur première.
Je renais au bonheur d'être indulgent et bon,
Et le calme en mon coeur rentre avec le pardon.
Plus d'une fois pourtant, bafouée, outragée,
Votre prudence, ami, fut mal encouragée;
De vos sages conseils je méconnus le prix...
Je m'excuse humblement de n'avoir pas compris.
J'étais aveugle et sourd, et c'est là ma défense.


Philinte

Alceste, un mot de plus me serait une offense,
Brisons sur ce sujet.


Alceste

Qui fut dur pour autrui
Doit à sa probité de l'être aussi pour lui.