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remords commence. Sous le drap, on voit se soulever ses épaules que secouent de silencieux sanglots. Soudain, violemment, il projette hors du lit son masque baigné de grosses larmes.

La Biscotte, hurlant. — Oui, s’suis qu’un cochon !… T’as raison, Lidouère… s’suis qu’un mufle !… S’ déshonore l’armée française !…

Lidoire, dressé, lui aussi, dans son lit. — Veux-tu me fiche la paix, La Biscotte !

La Biscotte, désespéré. — S’ déshonore l’armée que j’ te dis !… S’ suis pus digne d’êt’ trompette en pied !… S’ veux me lever !…

Lidoire. — Pourquoi faire ?

La Biscotte. — S’ veux aller au magasin… rend’ ma trompette au capitaine d’habillement ! (Tandis que Lidoire, affolé, cherche à tâtons des allumettes, lui, a détaché sa trompette pendue près de son sabre, à la tête de son lit. Il la porte à sa bouche et sonne. Sons rauques, épouvantables.) S’suis déshonoré !… S’suis pas seul’ment foutu ed’ donner le coup de langue !… Quien ! s’vas la casser, ma trompette !

Il empoigne son instrument par l’embouchure et, de toutes ses forces, il en frappe le pavillon sur le plancher.

Lidoire, qui, enfin, a fait de la lumière et réenfilé son dolman, se précipite. — Veux-tu laisser ça ! Bon Dieu !… Casser ta trompette, à présent ! Un effet de grand équipement, que t’y couperais pas du Conseil et d’un an au moins d’Biribi !

La Biscotte. — ’m'en fiche un peu, d’Biribi ! S’ voudrais êt’ claqué ! Rend-moi ma trompette, que j’ te dis !

Lutte des deux hommes, cramponnés chacun à une extrémité de la trompette. La victoire reste à Lidoire. La Biscotte, navré, retombe dans son lit. Lidoire s’empresse vers le sien. Au même instant, la porte s’ouvre. Paraît l’adjudant, suivi d’un homme de garde qui porte une lanterne.

Lidoire. — Oh ! contr’appel.


Scène IV

Les mêmes, l’adjudant.

Le sous-officier, stupéfait. — Ah çà ! qu’est-ce que vous faites là, vous ?

Lidoire. — J’fais rien, mon lieutenant.

Le sous-officier, ironique. — Vraiment ? Prenez votre couverte, mon brave, je m’en vais vous apprendre à garder de la lumière après l’extinction des feux et à faire le comédien avec un dolman et une trompette. Allons vite !

Lidoire, à part. — La Biscotte fourré à l’ours par eun’ température pareille, c’est la congexion forcée… (Courte hésitation.) Y a rien de fait ! (Il saute sur sa charge, passe son pantalon de treillis et enfile sa blouse par-dessus son dolman.) Après tout, quoi ? Ça compte su’ le congé