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pieu… et qui le soulève… pour m’embêter. Faut qu’z'aille voir…

Il se lève. Ecroulement formidable et instantané.

Lidoire, sursautant. — Vingt gueux ! c’ qu’y a cor’ ?

La Biscotte, qu’on ne voit plus, tombé entre deux lits. — Mon ’ieux salaud… vais te dire une bonne chose… s’ m’ai fichu les quat’ fers en l’air et à c’t' heure… s’ peux pus me r’lever… S’sais pas comment q’ça se fait… faut croire que je suis trop saoul !… Viens-moi r’lever, dis, Lidouère…

Lidoire, que commence à gagner une sourde exaspération. — Eh bé, t’enn’n'as une, de paille ! Tu s’ras frais, ed’main, pou’ monter à cheval, fé la corvée et la manœuvre ! (Sautant sur pieds une fois encore.) Oui, j’ te vas er’lever, soûlaud ! (Il s’exécute), mais tâche voir cor’ à ertomber : j’te laisse l’derrière à l’air, tu verras un peu si t’y coupes !

La Biscotte, consterné. —… l’ derrière à l’air ?

Lidoire. — Oui, l’ derrière à l’air !…

La Biscotte. — Eh ben, mon colon !

Lidoire. — C’est comme ça. Tu m’embêtes, à la fin des fins.

La Biscotte. — Ah !(Changement de ton.) Bon Dieu, que s’ai souèf !

Lidoire, un genou sur son lit. — Quoi qu’tu dis ?

La Biscotte. — S’ crèv’ de souèf, mon pau’ieux.

Lidoire. — Qué qu’ tu veux que j’y fasse ?

La Biscotte. — Porte-moi à bouère, s’il te plaît.

Lidoire. — J’ai point d’eau.

La Biscotte. — Yen’ n’a dans la cruche.

Lidoire. — All’ est gelée.

La Biscotte. — Fais la cuire su’ l’poêle.

Lidoire, hors de lui. — Su’ el’ poêle ! su’ el’ poêle…

Tant d’indiscrétion le dépasse, à la fin. Il s’élance sur La Biscotte, avec la velléité visible de l’étrangler ; mais il fait trois pas et s’arrête : son bon cœur a repris le dessus.

Longue scène muette.