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cier. — Je vous fais mon compliment. Des quarts ! Une gamelle !… c’est du propre ! Vous n’êtes pas un bleu, vous ; ce n’est pas de ce matin que vous comptez à l’escadron, et vous la connaissez il y a belle lurette. Mais l’important n’est pas de la connaître : c’est de la pratiquer. Voilà. Méditez cette parole et prenez votre couverte.

Les deux hommes démolissent leurs lits, se jettent leurs couvertures sur l’épaule et sortent pendant ce qui suit.

Le sous-officier, qui inscrit au billet d’appel les punitions qu’il vient de porter. — Lidoire !

Lidoire. — Mon lieutenant ?

Le sous-officier. — Demain matin, au réveil, vous me commanderez quatre hommes de corvée pour le pain.

Lidoire, qui bondit. — Quat’hommes !… J’pourrai jamais, mon lieutenant. Je n’n'avais déjà eq’trois ; su’ les trois n’en v’là déjà deux d’ désignés pou’ la corvée de glace, et faudra qu’j'en trouve quat’ pour la corvée de pain ?

Le sous-officier. — Oui.

Lidoire. — Eh ! où c’est que c’est t’y qu’vous voulez que je les prenne ?

Le sous-officier. — Vous les prendrez où vous voudrez. Si vous croyez que ça me touche !…

Il sort.


Scène II

Lidoire, puis le brigadier de semaine, puis le sous-officier

Lidoire. — Enfant de salaud qui dit : "Si vous croyez que ça me touche !…" Bien sûr que ça devrait te toucher, sale tringlo !… turco !… fantabosse !… (Il redescend en scène. Un temps. De l’autre côté de la cloison, on entend : "Silence à l’appel ! Manque personne, mon lieutenant".) Ça me démolit, moi, ces choses-là ! Ça me coupe mes moyens, rasibus. J’voulais justement préparer ma revue de détails pour ed’main, astiquer mon fourbi et tout ; et ben j’vas préparer peau de balle et peau de zébie, et en fait d’astiquage (Il abat sur son lit un furieux coup de poing.) j’vas astiquer ma plaque de couche. Et allez donc ! ça fait le compte ! (Il colle d’une larme de suif sa chandelle au bout de sa patience dont il loge l’autre extrémité sous la pile de vêtements de sa charge. Ceci fait, il s’assied d’une fesse sur son lit, qui est le premier du rang à l’avant-scène de droite, et, face au public, il commence à se déshabiller. Long silence d’abord, puis :) La classe donc ! La classe !

Il enlève sa veste. Sur sa chemise de grosse toile écrue, les pans de sa cravate lui tombent jusqu’au nombril.

La porte s’ouvre. Paraît le brigadier de semaine.

Le brigadier, sur le seuil. — Eh ! Lidoire ! Demain, au réveil, t’auras à me commander quatre hommes pour la corvée de pain, t’entends ?

Lidoire, qui ne s’est même pas retourné. — Zut !

La porte retombe, puis se rouvre.

Le brigadier. — En calot, pantalon de treillis et blouse, les quatre hommes.

Lidoire, même jeu. — Zut !

Sortie du brigadier. Lidoire, qui a enlevé sa culotte, se met au lit. Il a conservé son caleçon et les étroites bandes de toile enroulées autour de ses pieds, et qui lui tiennent lieu de chaussettes. — Soudain, par l’entrebâillement de la porte, ouverte une troisième fois, le sous-officier passe la tête.

Le sous-officier. — J’ai oublié de vous dire, Lidoire. En veste et pantalon de cheval, les quatre hommes, pour la corvée de pain. Veillez-y, hein ?

Même jeu que plus haut, de la porte qui retombe puis se rouvre.

Le sous-officier. — Et képi.

Il disparaît.

Lidoire. — Ah ! voleux de métier où tout le monde commande sans qu’y y ait seulement un lascar pour savoir