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L’ÉDUCATION PHYSIQUE
AU xxe SIÈCLE



LE RECORD


Toujours des mots étrangers !… Que voulez-vous ? Autant il me paraît absurde de dire referee quand on peut dire « arbitre » et de parler de scrimmage et de try quand il est si simple de traduire par « mêlée » et « essai », autant je me permets de trouver puéril le nationalisme qui recule, effaré, devant l’emploi d’un terme auquel il n’y a pas d’équivalent à substituer. D’équivalent, le mot « record » ne parait en avoir en aucune langue, puisqu’on en fait usage tel quel tout autour du monde, et la meilleure preuve qu’il est désormais naturalisé cosmopolite, c’est que je n’aurai besoin d’aucune périphrase pour expliquer ce dont il s’agit. Tout le monde le sait.

Tout le monde, par exemple, n’en apprécie point la valeur éducative, et rapprocher ces deux idées — éducation et record — paraîtra sans conteste un audacieux délit. Le record, en effet, est considéré comme la quintessence de l’effort, par conséquent comme quelque chose d’éminemment nuisible en un temps où la recherche de la perfection tend à s’effacer devant le souci de la moyenne. C’est une erreur. Il peut être fait du record des applications exagérées, mais, en lui-même, il comporte moins de tendances à l’exagération que le concours. La raison en est simple. Le concours vous met en lutte, vous concurrent, avec un être animé ; le record ne dresse en face de vous qu’un fait inerte, un chiffre, une mesure d’espace ou de temps : vous ne