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Page:Coubertin A travers l histoire sud américaine, 1916.djvu/24

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à travers l’histoire sud-américaine

Chili s’organise tout le long du Pacifique. Sur la côte de l’Atlantique se tiennent les Guyanes (dernières possessions des puissances européennes), le vaste empire brésilien, enfin la république de la Plata avec, entre eux, l’Uruguay objet des convoitises réciproques. Le Paraguay demeure au centre, muré dans son isolement volontaire. La population totale n’était, au moment où éclata la guerre de l’Indépendance, que de 6 millions à peine, répartis comme suit : 1 200 000 en Colombie, autant au Pérou, 900 000 au Venezuela, à peu près autant au Chili et à la Plata… Sur l’ensemble, un septième d’Espagnols, trois septièmes d’Indiens, trois septièmes de créoles et de races mélangées. Les créoles sont « vifs, turbulents, brouillons » ; les Indiens « mornes et apathiques » ; ni les uns ni les autres n’ont appris à aimer le travail manuel. L’instruction est plus que retardée. L’esclavage, du moins pour les enfants à naître, n’existe plus guère qu’au Brésil et c’est un avantage sensible qu’a l’Amérique espagnole sur l’Amérique anglaise. Sur d’autres points la première se trouve désavantagée par rapport à la seconde.

Bolivar avait pris goût à la dictature. Le « code bolivien » — constitution rédigée par lui et à laquelle il rêvait de gagner la totalité de l’Amérique espagnole — en fait foi. Il s’était persuadé que ce régime absolutiste était la préface indispensable à la garantie de la liberté. Un congrès convoqué à Panama en vue de cimenter l’unité échoua piteusement. Ni le Chili, ni la République Argentine, ni le Brésil n’y voulurent participer et le rêve des États-Unis du Sud s’évanouit. Puis le Pérou échappa à Bolivar et ensuite la Bolivie. Le Venezuela enfin se sépara de la Colombie et Quito devint le centre d’un nouvel État, l’Équateur. Bolivar avait eu le tort de risquer la violence et l’illégalité pour retenir l’autorité qui lui échappait. La fin de sa carrière risquait ainsi de ternir l’éclat de l’épopée initiale. Il mourut en 1830, ne s’étant point résigné à