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Page:Coubertin A travers l histoire sud américaine, 1916.djvu/15

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à travers l’histoire sud-américaine

Ce sont les récits des cruautés de Colomb envers les indigènes qui lui aliénèrent les sympathies de sa protectrice Isabelle. Les instructions données à ceux qui lui succédèrent témoignaient du désir de mettre les nouveaux sujets de la couronne à l’abri des exactions. Une série de lois ordonnèrent de les laisser libres de cultiver leurs terres, d’en disposer à leur gré, d’élire leurs magistrats ; il fut interdit de leur vendre des armes ou des spiritueux, de les employer au portage avant dix-huit ans, de les laisser engager leur travail pour plus d’une années, etc… Les rois d’Espagne ne cessèrent d’édicter des mesures préservatrices. Ces mesures, est-il dit au tome viii de l’Histoire générale (Lavisse et Rambaud), « eussent été un immense bienfait pour les Indiens si elles avaient pu être appliquées ; mais elles ne pouvaient l’être à une si grande distance de l’autorité centrale et par des hommes qu’animait un furieux désir de s’enrichir ».

Ce « furieux désir de s’enrichir » par malheur était surexcité par les besoins mêmes de la mère patrie. L’Espagne se trouvait trop pauvre infiniment pour la tâche entreprise par ses fils. Elle avait prétendu d’abord y faire face par le commerce. Dès 1495, à la demande des frères Pinçon et des autres navigateurs, le gouvernement royal s’était vu obligé d’annuler le monopole concédé à Colomb ; licence avait été donnée à tout Espagnol de commercer. Ferdinand chargea un chanoine de Séville, J. R. de Fonseca, des relations économiques avec le nouveau monde. Telle fut l’origine de la fameuse Casa de Séville, sorte de chambre de commerce des Indes que Fonseca dirigea pendant trente ans avec zèle et esprit de devoir. Sous le règne long et coûteux de Charles-Quint, un effort considérable fut tenté dans le sens du monopole. Non seulement les produits du nouveau monde devaient passer par l’Espagne pour s’écouler en Europe, mais l’Espagne prétendait suffire aux demandes croissantes de ses colonies. En 1555, il y eut à Séville 16 000 métiers en activité et