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Page:Coubertin A travers l histoire sud américaine, 1916.djvu/11

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à travers l’histoire sud-américaine

façon générale, handicapées par deux défectuosités essentielles, l’une provenant de la nature et l’autre de l’homme. La nature ne fournissait point d’animaux domesticables et notamment d’animaux de trait ni d’animaux laitiers. L’homme, de son côté, ne sut pas découvrir la roue, c’est-à-dire le principe même de toute mécanique efficace. Ainsi a-t-on pu dire que la mécanique américaine resta uniquement basée sur les mouvements alternatifs. Les transports, en de pareilles conditions, étaient condamnés à demeurer embryonnaires. Mais en dehors de ces caractéristiques d’ensemble, d’autres contradictions sont faites pour surprendre. Les connaissances astronomiques furent assez complètes pour permettre l’établissement d’un calendrier de trois cent soixante-cinq jours fort exact et pourtant l’écriture, à peine existante au Mexique, demeura inconnue au Pérou. La sculpture et la peinture des Mayas excitent l’admiration ; mais la voûte circulaire ne fut pas trouvée. L’industrie des poteries présenta de réelles qualités dans l’exécution et la décoration sans qu’elle arrivât à employer le tour. La métallurgie s’étendit à nombre de minerais : cuivre, zinc, argent, plomb ; le travail de l’or fut intense ; le bronze et le laiton étaient connus, mais le fer demeura rebelle ; on ne sut pas le réduire et l’utiliser. Enfin à côté d’une agriculture où l’irrigation et la fumure étaient savamment poussées, la navigation fluviale resta dans l’enfance. Ainsi gênés dans le développement de leurs conditions matérielles, ces peuples concentrèrent, dirait-on, leurs aspirations sur le perfectionnement et la complexité du système législatif. Ils codifièrent le moindre détail de la vie civile et de la loi morale, étiquetèrent et cataloguèrent l’individu, réglementèrent ses gestes et sa pensée. Néanmoins la stagnation là encore apparaît. La persistance et l’abondance des sacrifices rituels s’accordent mal avec le respect témoigné d’autre part à la vie humaine et ne donnent point l’impression d’une évolution philosophique vers la lumière et la bonté.