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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/94

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Seine y furent accueillies de la façon la plus chaleureuse. La locomotive qui les amenait était décorée de drapeaux français et des hurrahs frénétiques les saluèrent. Un temps splendide favorisa les régates. Malheureusement, le second jour, un incident très fâcheux se produisit. Je me trouvais sur le bateau arbitre lorsque quelques secondes après le départ, l’équipe du Thames Rowing Club, faisant coïncider un enlevage inexplicable avec un brusque changement de direction, se jeta sur l’équipe de la Basse-Seine qui tenait la tête ; nos rameurs, en cherchant à éviter leurs adversaires, se plaquèrent contre un des poteaux plantés dans le fleuve pour limiter le champ de course et, pendant qu’ils se dégageaient, le Thames reprit l’avantage. Toutefois nous n’aperçûmes pas de collision de sorte que le juge arbitre crut ne pas devoir arrêter la course. Sitôt débarqué j’allai trouver les équipiers qui ne paraissaient pas s’être bien rendu compte de ce qui s’était passé et n’étaient nullement disposés à réclamer. Mais une heure plus tard, Daniel de la Chaussée
m. daniel de la chaussée
Secrétaire de l’Ambassade de France à Londres
sans doute par suite de l’indignation générale qui se manifestait, ils avaient changé d’avis et étaient sur le point de déposer une réclamation. Je leur représentai alors que ce changement ne serait pas compris et leur ferait perdre le bénéfice moral que leur attitude leur assurait déjà. Je déclarai donc que nous ne voulions pas, à notre première visite à Henley où nous avions été si bien reçus, formuler une accusation de déloyauté contre une équipe anglaise et que, ne pouvant admettre qu’il n’y eût là qu’un simple accident, nous préférions ne pas réclamer du tout. Les articles publiés le lendemain par les journaux anglais et les ovations qui nous furent faites à la distribution des récompenses prouvèrent que