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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/79

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dont j’étais donateur, un bouclier que j’avais dessiné et fait exécuter avec grand soin ; je ne sais plus ce qu’il est devenu car depuis des années, il n’en a plus été fait mention.

Une autre date, plus mémorable, fut celle du 18 avril 1892. M. Morlet
m. morlet
Proviseur du lycée Michelet,
alors proviseur du lycée de Troyes
Grâce au zèle, à la fois prudent et audacieux de M. Heywood, un des bons clubs anglais, le Rosslyn Park Football Club avait consenti à envoyer une équipe à Paris pour y rencontrer le Stade Français. M. Heywood, qui ne se faisait aucune illusion sur le résultat de la partie, estimait que l’heure était venue où elle pourrait aider puissamment aux progrès du football en France ; il escomptait une défaite salutaire ; ce serait à la fois un encouragement pour nos joueurs qu’on vint les matcher chez eux et un enseignement précieux offert à leur bonne volonté. La difficulté était de trouver un terrain clos avec tribunes. Enclore Bagatelle eut coûté trop cher, si même on l’eût permis ; Heywood dénicha à Levallois, le Coursing-Club. Nous l’allâmes voir ; le sol était bien médiocre ; il fallait enlever les pierres, apporter du terreau, rouler. Nous nous félicitions du moins d’avoir obtenu la location à bon compte. Mais survint le liquidateur car le Coursing était en liquidation judiciaire, ce qu’on s’était bien gardé de nous dire ; il fallut négocier à nouveau avec lui. Lord Dufferin, nommé ambassadeur à Paris, allait y arriver ; ses lettres de rappel étaient à peine présentées au roi d’Italie. Nous voulions l’avoir comme président du match. J’écrivis à Lady Dufferin, encore à Rome. Au jour dit, le nouvel ambassadeur et sa famille descendirent de leur landau par une température sibérienne. Ce fut, je crois, leur premier contact avec la foule parisienne ; il neigeait presque ; tout le monde avait l’air