Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/27

Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 16 —

zèle régulier. Par là, s’établit la tradition que l’École Alsacienne a su depuis lors si bien conserver et entretenir.

Parmi les grands groupements auxquels j’aurais pu m’adresser, il y avait avant tout les sociétés de gymnastique multipliées au sortir des épreuves nationales de 1870 ; elles se recommandaient à la fois par leur origine patriotique et par le zèle qui continuait de les animer. Jouaient-elles un rôle politique ? On l’a toujours dit et cela n’était pas vrai de toutes celles avec lesquelles j’ai été en relations, ce qui m’a rendu un peu sceptique sur la portée d’une pareille accusation. Leur grand tort à mes yeux, c’est que, beaucoup plus militaires d’allures et de tendances qu’elles ne le sont devenues par la suite, elles visaient alors à cultiver un disciplinage intensif et que j’avais précisément en vue de soustraire, par le moyen des sports, la jeunesse française aux excès de la discipline trouvant qu’on l’en écrasait et qu’on empêchait l’initiative individuelle si féconde de se développer normalement. Par la suite, il m’arriva de discuter longuement ce sujet avec un homme bien distingué et dont je veux saluer ici la mémoire, M. Eugène Paz. Ce fut l’objet entre nous d’une interminable correspondance qui demeura d’ailleurs privée.

L’Union des Sociétés de Tir, fondée en 1886 sous l’impulsion de M. Paul Déroulède, poursuivait un but trop spécial pour qu’on pût y adosser un mouvement pédagogique. Je me permettrai de dire que pour d’autres motifs l’Union Vélocipédique de France ne présentait pas les garanties désirables ; je le dis d’autant plus librement qu’elle était alors présidée par un de mes cousins, le baron Séguier, ancien magistrat, et que j’admire infiniment les efforts successifs qui marquèrent les étapes de sa marche ascendante depuis ceux de M. Pagis en 1876 jusqu’à ceux de son dernier président, M. d’Iriart d’Etchepare.

L’escrime et l’équitation ne convenaient point[1]. Ce n’en est pas moins le moment de citer M. Hébrard de Villeneuve qui fit tant pour les armes et qui créa en quelque sorte l’escrime scolaire — et M. Jules Simon lui-même qui, ministre de l’Instruction sous le septennat du maréchal de Mac-Mahon, s’était entendu avec son collègue à la guerre, le général de Cissey, pour faire donner des leçons d’équitation aux lycéens dans les manèges militaires : innovation dont il était très fier et qui eût donné les meilleurs résultats en un

  1. J’avais fondé dès 1882 avec quelques amis à la salle d’armes de J.-B. Charles, alors 67, rue de Bourgogne, un petit cercle d’escrime qui est aujourd’hui rue de Lille et a grandement prospéré.