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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/25

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de lui, ils s’en détacheraient avec la même facilité. Or je n’avais pas le sentiment que M. Gréard pût soutenir les exercices physiques par conviction mais seulement par le désir instinctif qui était en lui de capter et de diriger à sa guise tous les ruisseaux qui s’avisaient de couler sur ses terres. Nous lui devons passablement ; ce n’est pas un secret, d’autre part, qu’il nous joua plus d’un tour. Ainsi pensait M. Jules Simon qui m’a dit une fois, dans une de ses lettres toujours si amusantes, à propos d’un incident ultérieur : « Gréard qui me voit tous les jours, ne m’a parlé de ces grosses aventures que ce matin. J’avais toujours cru qu’il nous protégerait un peu. Mais non. Il est recteur en diable ». Je ne sais ce que M. Jules Simon aurait dit du successeur de son collègue. Celui-là est vraiment recteur ; il ne l’est pas en diable.

Je ne puis mieux résumer mes impressions d’alors que par ces mots : les proviseurs de lycée, dans l’académie de Paris, étaient tenus en véritable esclavage. Ils avaient leurs fiches à la Sorbonne et le savaient. L’un d’eux me l’avoua par la suite dans un accès de colère révoltée contre son chef. Je pris dès alors cette vue du problème que je tentai, avec bien d’autres du reste, de faire prévaloir dans des articles de la Revue Bleue (juin-juillet 1898) et devant la grande Commission parlementaire présidée par M. Ribot : il n’y a qu’une manière de mettre le lycée français à même de remplir sa mission, c’est de lui donner l’autonomie. Les années ont passé et l’autonomie désirable s’esquisse à peine sur l’horizon. Que n’aurait-on pu attendre, en ce temps-là, d’hommes comme MM. Kortz, proviseur de Janson-de-Sailly ; Fringnet, proviseur de Lakanal ; Adam, proviseur de Buffon, s’ils avaient eu l’autonomie ?

Malgré toutes les difficultés, quelques professeurs n’hésitèrent pas à se compromettre au service de notre œuvre. Ils réussirent à entraîner çà et là des groupes d’élèves dont ils transformèrent rapidement la mentalité et dont l’athlétisme naissant fit taire les démoralisantes conversations.