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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/231

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part, que le vouloir, sans qu’en soient entamées la spontanéité et la persévérance, apprend à s’exercer sur des objets dignes de lui et à ne pas dégénérer en étroitesse obstinée, en entêtement stérile. Comprenez-vous maintenant ce que je voulais dire en vous proposant de généraliser, d’étendre au domaine intellectuel et moral cette excellente formule musculaire : une forte culture individualiste appuyée sur un éclectisme raisonnable ?

J’arrêterai là ces discours austères mais soyez persuadés que je n’éprouve aucun scrupule de les avoir tenus et aucune intention de m’en excuser. Notre Société a été fondée en grande partie pour rétablir le contact simultané de l’âme nationale avec les pensées élevées, les joies musculaires et les émotions artistiques. Vous voyez que nous sommes autorisés à préconiser l’éclectisme car nous prêchons d’exemple. Oui, tel est notre programme et nous croyons que si, en France, ces grandes choses avaient vécu depuis deux siècles moins isolées les unes des autres, il en serait résulté plus d’union et partant plus de force. C’est donc à une œuvre unioniste qu’ont été conviés les adhérents de la Société des Sports populaires ; et ce terme dont on abuse, ne l’entendez pas dans le sens des petites chapelles où l’on est surtout uni par le sentiment des abdications intéressées que chacun a consenties mais dans son sens étymologique, dans le sens du groupement large et ouvert où chacun peut entrer sans autres parrains que la franchise et le désir du progrès général ; c’est ainsi que nous comprenons l’union à cette heure décisive de l’évolution française. Que ceux-là viennent à nous qui aiment la patrie ; il ne leur sera demandé compte ni de leurs regrets ni de leurs espérances et nous leur dirons ce simple mot de bienvenue d’une si haute éloquence que prononça Pasteur, si je ne m’abuse : Mettez-vous là et travaillons.



auxerre-paris. — imprimerie a. lanier