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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/229

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Je me garderais de longuement insister sur les responsabilités de la vie publique. Nos gouvernements modernes sont des gouvernements de partis et l’opinion du parti ne se restreint pas à la politique proprement dite : elle s’étend aux principes de l’administration, au régime économique, à la législation, à toutes les formes de l’activité générale et de l’effort collectif. Les uns pensent du bien de ce régime, les autres en disent du mal mais tous s’inclinent devant la nécessité matérielle de son existence. D’ailleurs, l’expérience des nations a prouvé dès longtemps que, si les partis menaçaient parfois de devenir les instruments d’une tyrannie relative, l’absence du parti exerçait de fâcheux effets par l’affaiblissement, le laisser-aller, l’émiettement qui en résultent. Jusqu’à quelles limites le citoyen est-il tenu de sacrifier dans l’ordinaire de la vie, une portion de ses idées, de ses préférences ou de ses intérêts au bien public envisagé à travers le prisme du parti auquel il appartient, c’est un problème dont on ne parle guère, auquel on pense moins encore et que chaque jour pourtant l’on résout plus ou moins heureusement.

Tels sont, Messieurs, vus en esquisse rapide, les débrouillages que je voulais mentionner ; il y en a d’autres mais ceux-là sont les principaux auxquels il n’est jamais trop tôt pour se préparer. Et la meilleure façon de les aborder, ce sera encore de leur appliquer la méthode qui ressort de l’institution même du diplôme que vous allez recevoir. Car il y a de constantes analogies entre le régime qui convient aux muscles et celui dont s’accommodent l’esprit et le caractère ; ces analogies ne sont point assez observées de nos jours ni assez cultivées ; elles joueront certainement un rôle important dans la pédagogie prochaine.

Donc du diplôme des Débrouillards, Messieurs, émane cette double recommandation : une forte culture individualiste appuyée sur un éclectisme raisonnable. Permettez-moi d’insister sur cette formule ; je la crois applicable à toute la vie. La gymnastique que nous avons appelée utilitaire parce qu’elle vise à mettre l’homme en possession des éléments des exercices concourant au sauvetage, à la défense et à la locomotion, est éminemment individualiste. Par là les préjugés du jour voudraient sans doute qu’elle fût anti-sociale. Vous me saurez gré de ne point aborder ici la discussion d’un problème qui agite nos contemporains à cause des nombreux contacts qu’il présente avec la politique. Mais ce n’est pas faire de la politique que de proclamer cette vérité essentielle, autour de laquelle s’assembleront toujours les esprits réfléchis, qu’une association est efficace à la condition d’être composée de personnalités robustes. Un troupeau de moutons est une association inefficace, je suppose. Prenons garde que nos groupements ne tendent parfois vers ce médiocre idéal. Même dans les sports se manifestent à cet égard des tendances inquiétantes. Le but n’est pas, pour une société gymnastique ou sportive, de posséder quelques sujets