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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/228

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seurs de science. Moi je me borne à constater le fait et à vous proposer un moyen d’y faire face.

Les trois grands débrouillages qui vous guettent sont ceux-ci : la carrière, les responsabilités de la vie privée, les responsabilités de la vie publique. — Par ce temps de démocratie, les carrières ne se font pas par le simple jeu du mérite et de l’effort désintéressé. Il y a du mal à se donner pour ne pas se laisser oublier ; il y a, en un mot, à se pousser et cet arrivisme-là, pour tant qu’il reste honnête et loyal, est légitime. Mais combien apparaissent imprécises parfois les frontières au-delà desquelles un homme consciencieux ne doit pas poser le pied et comme il faut y regarder de près pour être certain de rester en deçà de la ligne tracée par la droiture. Ainsi la carrière moderne, en bien des cas, devient un conflit latent et permanent entre la conscience et l’intérêt. Mais il y a autre chose ; non seulement on doit souvent travailler au succès de sa propre carrière autrement qu’en en remplissant strictement les devoirs ; on est encore amené à changer de carrière. Démocratique et cosmopolite, notre époque se distingue par l’instabilité des situations qui se font et se défont avec une grande rapidité. Le hasard y joue parfois un rôle capital mais la volonté y intervient aussi fréquemment. Hasard ou volonté, il y a des résolutions décisives à prendre, des consignes viriles à observer, tout un dédale de tentations, de calculs, d’orientations à travers lequel il faut se conduire, à travers lequel il faut se débrouiller. Beaucoup d’exemples nous font comprendre autour de nous que la bonne volonté est un fil d’Ariane insuffisant et qu’une méthode intelligente y peut seconder, de la manière la plus utile, la mise en pratique des préceptes fournis par la conscience.

Les responsabilités de la vie privée sont infiniment accrues par le développement qu’ont pris dans nos sociétés présentes les questions d’éducation et d’hygiène comme aussi par les difficultés que, tout comme le budget de l’État, celui de la famille rencontre à se bien établir. Autrefois, les parents abdiquaient entre les mains de l’éducateur et du médecin : ils n’y avaient point de démérite, ne pouvant guère faire autrement. Aujourd’hui, l’externat, par exemple, est venu diminuer le rôle de l’éducateur au profit des parents tandis que la découverte et la diffusion des procédés hygiéniques ont créé, pour ainsi dire, une médecine domestique qu’il faut appliquer — sinon concevoir — soi-même. Est-il besoin de décrire les complications d’un budget familial moderne ? si modeste soit-il, nouer les deux bouts n’en est plus une règle unique ; importante, certes, mais non pas unique. L’épargne, quoi qu’on dise, cesse de se limiter au fameux bas de laine ; elle revêt des formes multiples et n’a de valeur sociale qu’en raison de la façon dont on l’utilise. Savoir dépenser au moment propice et de façon fructueuse, savoir déplacer notre argent à propos, voilà un art dont nos pères n’avaient cure et qui, de nos jours, importe bien plus aux petits budgets qu’aux gros.