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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/210

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ou des observations hâtives aux documents vécus que peut seule leur procurer la connaissance effective de l’exercice physique sous ses formes diverses. La Conférence a paru persuadée que le geste athlétique — par lequel la sculpture antique semble s’être souvent laissé intimider puisqu’elle a marqué une tendance certaine à reproduire l’athlète au repos — pourrait aujourd’hui donner satisfaction au double besoin de mouvement et de nouveauté qui tourmente les artistes.

Elle reçut à cet égard communication d’un projet dû au génie du grand sculpteur Bartholdi. Deux ans avant j’avais pensé à commémorer par un monument approprié le renouveau de la gymnastique et des sports — et c’est à lui que j’en avais parlé. Bartholdi s’était passionné pour cette idée et dans une lettre, après l’avoir creusée, il me disait peu de temps avant sa mort : « Je placerai au centre la Meta, la borne fatidique autour de laquelle, dans le Stade, la lutte, s’avivant, devenait plus audacieuse et plus âpre — cette borne où la terreur superstitieuse des anciens installait une divinité subalterne, méchante et sournoise, empressée à tromper et à perdre les concurrents. Contre le marbre poli viendra se ruer la cohue des sports : escrime et football, patinage et boxe, hippisme et cyclisme, jusqu’à une auto dernier modèle ; car la tempête musculaire change d’aspect avec les âges mais l’âme en est identique, l’expression similaire — et toujours la Meta domine, silhouette rude, inexorable et par là même attachante et compréhensible. » Bartholdi voulait cette Meta en porphyre, haute et large, avec de blanches images d’ephèbes et d’athlètes s’enroulant autour. « Ce serait, disait-il encore, une leçon d’histoire en même temps que de philosophie — un ressouvenir de l’Hellade éternelle, mère de toute civilisation et un avertissement que le heurt de l’effort et du destin demeure la loi suprême de la vie. »

Le projet, malheureusement, est trop vaste et trop coûteux pour pouvoir être réalisé en ce moment. Quand même, je ne désespère pas de le voir réaliser un jour.

Telle fut la conférence consultative de 1906. Elle se termina par une fête qui eut lieu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à l’occasion de la remise solennelle du Diplôme Olympique à Mgr le duc des Abruzzes et au commandant Lancrenon — et de la Coupe Olympique au Touring-Club de France. Successivement, dans cette merveilleuse enceinte, on entendit Madame Bartet et MM. Mounet-Sully et Truffier réciter du Victor Hugo, la Société cho-