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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/20

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avait osé appeler l’attention de l’Académie des Sciences morales et politiques sur les dangers de l’internat et c’était là un sujet dont, depuis lors, on continuait à parler mais sans un vrai désir de l’aborder de front et de le résoudre. M. Sainte-Claire-Deville avait intéressé, il n’avait pas ému. L’ignorance de la pédagogie anglaise était générale. J’en citerai une preuve assez curieuse. Tout le monde sait aujourd’hui en quoi diffèrent le système familial et le système tutorial. Le premier, très goûté en Allemagne, consiste à répartir les élèves d’un établissement dans les familles des professeurs ; le second qui est à la base de l’organisation des public schools britanniques, sépare les élèves en groupes assez nombreux dont chacun vit sous l’égide d’un tutor. La maison de ce dernier est attenante à l’espèce de petit collège ainsi formé ; les élèves franchissent souvent le seuil de sa demeure mais ils ne vivent pas complètement avec lui. Je ne saurais entrer ici dans le détail de tous les avantages que comporte cette institution singulière sur laquelle MM. Demogeot et Montucci, dans le rapport dont j’ai parlé, n’avaient pas manqué d’attirer l’attention des Français. Or il paraît qu’ils n’y avaient guère réussi puisqu’un homme aussi haut placé dans la hiérarchie pédagogique que M. le vice-recteur Gréard a pu, au début du tome ii de son grand ouvrage intitulé Éducation et Instruction, confondre manifestement les deux systèmes.

Ce simple fait est bien suggestif de l’inattention profonde avec laquelle les hommes les plus éclairés en France considéraient les choses pédagogiques anglaises. Du reste, M. Paschal Grousset lui-même n’attachait pas une si grande importance à ces choses. S’il a, sous le nom d’André Laurie, présenté aux jeunes collégiens de France une sorte de Tom Brown mieux approprié peut-être à leur mentalité[1], les chroniques envoyées par lui aux journaux parisiens sous son autre pseudonyme de Philippe Daryl et réunies en volume[2], ne contiennent pas un paragraphe consacré au rôle des sports dans la vie scolaire d’outre-Manche et à la possibilité de revivifier la nôtre en les y introduisant. La vérité est que personne ne se souciait des collèges anglais pour cette raison première que les Anglais, alors, n’étaient rien moins que populaires chez nous et cette seconde que les oppositions de tempérament des

  1. La Vie de collège en Angleterre, par André Laurie. Hetzel, Paris.
  2. À Londres, notes d’un correspondant français. Je n’ai plus le volume sous les yeux au moment où j’écris mais je ne crois pas me tromper en affirmant que pas une fois l’attention du lecteur n’y est attirée sur le rôle du sport dans la vie britannique.