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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/184

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comte de San Martino me fit connaître qu’il avait fait choix, pour la commission, du député et conseiller d’État Brunialti, du général Duce, de don Enrico Ruspoli et probablement du sénateur Todaro. De ces personnes, je ne connaissais que la première mais la présence d’un homme aussi éminent et aussi loyal que M. Brunialti était rassurante. Les échanges de vue que j’avais eus à plusieurs reprises avec le comte de San Martino et MM. Brunialti et Cagli me donnaient bon espoir. D’autre part, j’avais trouvé les ministres des affaires étrangères, de l’intérieur et de l’agriculture qui étaient alors MM. Tittoni, le marquis de Sant’Onofrio et Rava, fort bien disposés à notre égard. Enfin et surtout le roi dans un long entretien, la reine à son thé du jeudi, m’avaient témoigné une vive sympathie pour les jeux projetés. Leurs Majestés savaient que je prenais plaisir à dresser un plan de l’olympiade et à chercher dans Rome et dans les environs les meilleurs terrains de concours et elles daignaient s’y intéresser.

À vrai dire, ce n’était pas par simple agrément que j’avais entrepris pareille besogne et surtout abordé l’étude de l’organisation financière éventuelle. Je ne voulais pas qu’on pût arguer au dernier moment de l’énormité des dépenses nécessaires et faire ainsi avorter l’olympiade. C’est un argument bien commode à l’aide duquel on égare assez facilement l’opinion. En premier lieu, je cherchai donc des terrains et n’eus aucune peine à les trouver. Rome possède, à cet égard, plus que le nécessaire. Et d’abord sa gigantesque « Place d’Armes » ou manœuvreraient à l’aise des milliers de gymnastes. Un robuste talus la borde sur ses quatre faces et permettrait à d’innombrables spectateurs de suivre les évolutions des concurrents. Le cadre est grandiose. À droite, le Tibre coule mélancolique, entre des berges silencieuses ; en face se dressent les hauteurs de Monte-Mario. En poursuivant le long du fleuve dans cette direction, on atteint rapidement Tor di Quinto. C’est un grand centre sportif. Les sociétés de tir y possèdent un stand qui, dit-on, ne satisfait plus leurs ambitions mais qui peut passer encore à juste titre pour l’un des premiers de l’Europe. Toute voisine est l’école de cavalerie où les officiers sortant de Pignerol se perfectionnent dans l’art équestre par six mois d’un rough riding à réjouir le président Roosevelt ; une grande plaine, au centre de laquelle on s’occupait d’établir un hippodrome perfectionné, s’étend sur la rive gauche ; l’horizon est fermé par la ligne bleue des Monts Sabins et l’on distingue en avant-garde ce Mont Sacré qu’illustra, cinq siècles avant notre ère, une des pre-