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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/167

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programme remarquablement conçu et dont on s’inspirera avantageusement dans l’avenir. Mais là ne s’était pas borné l’effort des Chicagoïens. Pour être mieux assurés du succès, ils avaient choisi un avocat ; Me Henry Breal avait été chargé par eux de défendre leur cause. Il le fit avec autant d’habileté que de chaleur. Du reste, nos collègues américains étaient favorables : M. Stanton préconisait hautement Chicago et le professeur Sloane et M. Whitney qui n’avaient pu venir s’étaient ralliés sans réserve. Un seul point noir pouvait surgir. On commençait à parler de l’ajournement très probable à 1904 de l’Exposition universelle qui devait avoir lieu à Saint-Louis en 1903. C’est décidément le sort des expositions américaines d’être en retard. Christophe Colomb au lieu d’être fêté en 1892 avait dû attendre à 1893. Il allait en être de même pour le centenaire de l’acquisition de la Louisiane. De Saint-Louis, on nous avait annoncé la visite d’un délégué chargé de nous demander, en prévision de cet ajournement, de choisir éventuellement Saint-Louis. Mais aucun engagement, aucun document ne venaient étayer cette demande. L’envoyé ne parut pas ; il se borna à écrire. Pressé de questions, il me répondit à la dernière heure qu’à Saint-Louis « on n’était pas encore en mesure de faire une proposition officiellement ». En présence de l’avance énorme prise par Chicago et de l’incertitude qui planait encore sur la date définitive de la World’s Fair, pouvions-nous hésiter ? Après tout il serait toujours temps d’autoriser le transfert ultérieur si les événements se dessinaient dans ce sens. En attendant, l’excellent exemple donné par Chicago où un comité compétent et puissant s’était constitué en temps utile avec toutes les garanties désirables — cet exemple méritait d’être encouragé.

Le vote ayant eu lieu dans ce sens, la nouvelle, câblée aussitôt à Chicago, y fut accueillie avec enthousiasme. Deux mille étudiants de l’Université auxquels s’étaient joints des députations de toutes les écoles et institutions de la ville, formèrent une procession gigantesque qui se rendit au Marshall Field ; là, en présence de cinq à six mille spectateurs, s’alluma un « mammoth bonfire » à la lueur duquel furent prononcés d’éloquents discours et lus des messages de sympathie envoyés par les étudiants des villes voisines. Dès le lendemain de cette manifestation, les initiateurs du projet se mirent ardemment au travail. Leur premier acte consista à transformer leur organisation embryonnaire en une société permanente qui fut aussitôt incorporée, c’est-à-dire