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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/165

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s’était formé en vue de revendiquer pour Chicago l’honneur d’organiser la troisième Olympiade. Ce mouvement, bien entendu, n’était pas né spontanément. Je ne m’en rappelle plus l’origine mais le premier document que je possède est une coupure du New-York Sun, en date du 13 novembre 1900, faisant allusion à une dépêche venue de Paris et dans laquelle le choix de Chicago pour 1904 était indiqué comme probable. Cette dépêche avait provoqué aux États-Unis les protestations de M. James Sullivan, secrétaire de l’Amateur Athletic Union. M. Sullivan, dans une véhémente interview, faisait les déclarations les plus surprenantes et les plus inattendues. Par là j’appris : 1° que le Comité International Olympique n’existait plus ; 2° que je n’avais rien à voir désormais dans les questions de sport ; 3° qu’une « Union Internationale » avait été fondée en 1900 à Paris par M. Sullivan au nom des États-Unis, de Saint-Clair et Pierre Roy au nom de la France, le lieutenant Bergh au nom de la Suède, etc… ; 4° que des Jeux Olympiques auraient lieu en 1901 à Buffalo en même temps que s’y tiendrait l’Exposition Panaméricaine dont M. Sullivan était commissaire sportif ; 5°… qu’on verrait après. Cette interview ne fut pas sans causer quelque hilarité là-bas. Un journal de New-York ayant publié la liste des membres du Comité International la fit suivre de ces lignes méchantes : « The freezing horror of the situation can only be fully appreciated when it is seen that M. J.-E. Sullivan is not on the committee. » Nous nous informâmes, M. Sloane et moi. Le 12 décembre 1900, M. Sloane m’écrivait : « Il paraît certain qu’on a travaillé à constituer une commission internationale en vue d’organiser des Jeux à Buffalo l’année prochaine mais je ne puis rien apprendre de plus, car ceux qui connaissent les faits se taisent prudemment ou sont pleins de réticences. »

Quant à l’Union Internationale dont j’entendais parler pour la première fois, on avait essayé de la former à notre insu pendant l’Exposition de Paris, avec l’idée de monopoliser à son profit les Jeux Olympiques de l’avenir mais le projet avait échoué. L’interview de M. Sullivan lui porta le dernier coup. M. Bergh déclara à un reporter du Chicago Record que non seulement il n’avait jamais participé a une fondation de ce genre mais encore qu’il désapprouvait toute tentative dirigée contre le Comité International. D’autres désaveux suivirent. M. Sullivan demeura un peu ahuri en présence de ce résultat et, d’autre part, l’effet produit à Chicago fut tel qu’on pouvait le prévoir. Du moment qu’une hostili-