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Page:Coubertin - Une campagne de vingt-et-un ans, 1909.djvu/137

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l’issue des Jeux : « Une chose nous a surpris dans ce pays où l’on a la mémoire du cœur, c’est que l’on ait adressé à propos du succès des Jeux Olympiques des remerciements et des félicitations à tout le monde, excepté à celui qui en a été le promoteur ». Enfin je n’oublierai jamais le geste délicat par lequel le Prince royal, à un Raoul Fabens
m. raoul fabens
Secrétaire du Comité Olympique français
de 1896
déjeuner donné par M. Bikelas, me fit porter un toast par le ministre des Affaires Étrangères M. Skousès et s’y associa avec un empressement significatif.

Le soin que prenaient les Hellènes de me « supprimer » en toute occasion me peinait sans m’étonner. Car l’évolution qui se dessinait dans leurs esprits rendait leur attitude compréhensible, sincère, excusable. Ils se préparaient à revendiquer la possession exclusive des Jeux Olympiques et l’idée de voir tous les quatre ans des foules semblables se presser dans le stade restauré les grisait de joie et d’espérance. J’eus tout le loisir, dans l’espèce de solitude mentale où l’on me laissait, d’examiner le bien-fondé de ces aspirations ; elles me parurent, au point de vue de l’institution même et du but que je m’étais assigné en la restaurant, tout à fait déraisonnables. En cette vaste assemblée c’était, en somme, l’élément hellène qui, non seulement, se trouvait en majorité mais dominait dans des proportions écrasantes. Il était venu des Grecs de partout. Les étrangers, au contraire, se trouvaient clairsemés ; un grand nombre de nations étaient représentées mais par un très petit nombre d’individus ; je calculai l’argent dépensé par ceux-là, la durée de leur absence accrue par le fait qu’aucune ligne ferrée ne relie Athènes au reste de l’Europe et que les paquebots desservant le Pirée sont très espacés. Je tâchai d’évaluer le profit en numéraire qu’apporterait à la Grèce la célébration de chaque